Présentez-vous et expliquez-nous votre métier ! Je suis Violaine, céramiste, et je vais vous parler des métiers de la terre, en particulier à travers mon atelier : Terres de Songes. Cet atelier a récemment été médaillé d’excellence artisanale par la Chambre des Métiers d’Île-de-France. L’aventure a commencé il y a dix ans. L’idée fondatrice était de créer des céramiques à vivre et à rêver, des objets qui font du bien, qui ouvrent l’esprit, qui invitent à une autre manière de consommer et de penser, tout simplement à une autre philosophie de vie.
L’atelier, c’est uniquement de la céramique ? Non, justement. Terres de Songes ne se résume pas à la céramique. Mon parcours est jalonné de plusieurs métiers, comme autant de facettes artistiques. Au coeur de tout, il y a un fil d’ariane : l’écriture. J’écris des contes que j’illustre, et ces histoires prennent vie ensuite dans les céramiques, les bijoux, les créations en porcelaine ou serties de gemmes. Tout est tissé ensemble : texte, image, matière.
Comment perpétuer un savoir-faire tout en innovant ? C’est indispensable d’innover dans les métiers d’art. Cela fait partie intégrante de notre identité artistique. Mais on ne peut pas innover sans une maîtrise solide des gestes fondamentaux. Pour devenir tourneur, par exemple, il faut souvent six mois à un an de pratique intensive, avec au moins 20 heures par semaine sur le tour. La technique, les décors, les émaux… Tout cela doit être maîtrisé avant de pouvoir développer une véritable signature artistique. Aujourd’hui, les nouvelles technologies offrent de nombreuses possibilités créatives, comme l’intégration d’images ou de textes sur les céramiques.
Avez-vous une anecdote ou une expérience à nous partager ? L’atelier Terres de Songes est un lieu insolite : une petite maison du 19e siècle, avec une cave voûtée en ogive sous l’atelier, que les visiteurs peuvent découvrir lors des portes ouvertes. Beaucoup arrivent sans s’y attendre et découvrent ce lieu presque magique, hors du temps. L’un d’eux m’a dit un jour : « C’est comme si on entrait vraiment en Terres de Songes. » C’est un souvenir fort.
Qu’est-ce qui vous inspire dans votre travail ? Tout m’inspire, mais surtout les rencontres humaines.
Mon parcours a été façonné par les lieux, les voyages, et surtout par les liens tissés avec d’autres artistes. Par exemple, le Conte de la Grue de Brume et d’Opaline, fil conducteur de mes collections actuelles, est né d’une rencontre avec une musicienne japonaise. Ce récit d’amitié a ouvert la voie à d’autres collaborations : avec Annabelle Le Pabic, artiste textile, ou encore Sylvie Jeunot, relieuse. Ces échanges nourrissent et renouvellent la dynamique de création.
Vous êtes aussi impliquée dans la vie artistique locale ? Oui, j’ai rejoint il y a sept ans les Ateliers de la Boucle. Il y a trois ans, avec Annabelle, nous avons lancé un salon d’art et d’artisanat en collaboration avec Montesson. De là est né le label Écho d’Ateliers, que j’ai officiellement déposé cette année. L’idée ? Créer des expositions insolites où différents savoir-faire se répondent : céramique, peinture, textile… La prochaine exposition Écho d’Ateliers réunira, entre autres, Patush Kovac, peintre russe, Annabelle Le Pabic, artiste textile, et moi-même. L’objectif est de créer un langage commun entre artistes, une véritable conversation de matières et de formes à partager avec le public.
Y-a t-il un lieu d’exposition qui vous a particulièrement marquée ? Oui, récemment, nous avons investi le lavoir ancien de Carrières-sur-Seine pour une exposition Écho. Nous y avons créé une scénographie japonaise, avec des voilages bleus qui flottaient au-dessus de l’eau. L’atmosphère était magique, propice à la photographie, à la rêverie. Beaucoup de visiteurs ont été très touchés par l’ambiance presque intemporelle du lieu.